background image

 

S. Mallarmé 
Le vierge, le vivace et le bel aujourd'hui ... 
 
Le vierge, le vivace et le bel aujourd'hui 
Va-t-il nous déchirer avec un coup d'aile ivre 
Ce lac dur oublié que hante sous le givre 
Le transparent glacier des vols qui n'ont pas fui ! 
 
Un cygne d'autrefois se souvient que c'est lui 
Magnifique mais qui sans espoir se délivre 
Pour n'avoir pas chanté la région où vivre 
Quand du stérile hiver a resplendi l'ennui. 
 
Tout son col secouera cette blanche agonie 
Par l'espace infligée à l'oiseau qui le nie, 
Mais non l'horreur du sol où le plumage est pris. 
 
Fantôme qu'à ce lieu son pur éclat assigne, 
Il s'immobilise au songe froid de mépris 
Que vêt parmi l'exil inutile le Cygne. 

background image

 

A. de Lamartine 
Le lac 
 

Ainsi, toujours poussés vers de nouveaux rivages, 
Dans la nuit éternelle emportés sans retour, 
Ne pourrons-nous jamais sur l'océan des âges 
Jeter l'ancre un seul jour ? 
 
Ô lac ! l'année à peine a fini sa carrière, 
Et près des flots chéris qu'elle devait revoir, 
Regarde ! je viens seul m'asseoir sur cette pierre 
Où tu la vis s'asseoir ! 
 
Tu mugissais ainsi sous ces roches profondes, 
Ainsi tu te brisais sur leurs flancs déchirés, 
Ainsi le vent jetait l'écume de tes ondes 
Sur ses pieds adorés. 
 
Un soir, t'en souvient-il ? nous voguions en silence ; 
On n'entendait au loin, sur l'onde et sous les cieux, 
Que le bruit des rameurs qui frappaient en cadence 
Tes flots harmonieux. 
 
Tout à coup des accents inconnus à la terre 
Du rivage charmé frappèrent les échos ; 
Le flot fut attentif, et la voix qui m'est chère 
Laissa tomber ces mots : 
 
" Ô temps ! suspends ton vol, et vous, heures 
propices ! 
Suspendez votre cours : 
Laissez-nous savourer les rapides délices 
Des plus beaux de nos jours ! 
 
" Assez de malheureux ici-bas vous implorent, 
Coulez, coulez pour eux ; 
Prenez avec leurs jours les soins qui les dévorent ; 
Oubliez les heureux. 
 
" Mais je demande en vain quelques moments 
encore, 
Le temps m'échappe et fuit ; 
Je dis à cette nuit : Sois plus lente ; et l'aurore 
Va dissiper la nuit. 
 

" Aimons donc, aimons donc ! de l'heure fugitive, 
Hâtons-nous, jouissons ! 
L'homme n'a point de port, le temps n'a point de 
rive ; 
Il coule, et nous passons ! " 
 
Temps jaloux, se peut-il que ces moments d'ivresse, 
Où l'amour à longs flots nous verse le bonheur, 
S'envolent loin de nous de la même vitesse 
Que les jours de malheur ? 
 
Eh quoi ! n'en pourrons-nous fixer au moins la trace 

Quoi ! passés pour jamais ! quoi ! tout entiers 
perdus ! 
Ce temps qui les donna, ce temps qui les efface, 
Ne nous les rendra plus ! 
 
Éternité, néant, passé, sombres abîmes, 
Que faites-vous des jours que vous engloutissez ? 
Parlez : nous rendrez-vous ces extases sublimes 
Que vous nous ravissez ? 
 
Ô lac ! rochers muets ! grottes ! forêt obscure ! 
Vous, que le temps épargne ou qu'il peut rajeunir, 
Gardez de cette nuit, gardez, belle nature, 
Au moins le souvenir ! 
 
Qu'il soit dans ton repos, qu'il soit dans tes orages, 
Beau lac, et dans l'aspect de tes riants coteaux, 
Et dans ces noirs sapins, et dans ces rocs sauvages 
Qui pendent sur tes eaux. 
 
Qu'il soit dans le zéphyr qui frémit et qui passe, 
Dans les bruits de tes bords par tes bords répétés, 
Dans l'astre au front d'argent qui blanchit ta surface 
De ses molles clartés. 
 
Que le vent qui gémit, le roseau qui soupire, 
Que les parfums légers de ton air embaumé, 
Que tout ce qu'on entend, l'on voit ou l'on respire, 
Tout dise : Ils ont aimé ! 

background image

 

V. Hugo 
À Albert Dürer 
 
Dans les vieilles forêts où la sève à grands flots 
Court du fût noir de l'aulne au tronc blanc des bouleaux, 
Bien des fois, n'est-ce pas ? à travers la clairière, 
Pâle, effaré, n'osant regarder en arrière, 
Tu t'es hâté, tremblant et d'un pas convulsif, 
Ô mon maître Albert Dure, ô vieux peintre pensif ! 
 
On devine, devant tes tableaux qu'on vénère, 
Que dans les noirs taillis ton œil visionnaire 
Voyait distinctement, par l'ombre recouverts, 
Le faune aux doigts palmés, le sylvain aux yeux verts, 
Pan, qui revêt de fleurs l'antre où tu te recueilles, 
Et l'antique dryade aux mains pleines de feuilles. 
 
Une forêt pour toi, c'est un monde hideux. 
Le songe et le réel s'y mêlent tous les deux. 
Là se penchent rêveurs les vieux pins, les grands ormes 
Dont les rameaux tordus font cent coudes difformes, 
Et dans ce groupe sombre agité par le vent, 
Rien n'est tout à fait mort ni tout à fait vivant. 
Le cresson boit ; l'eau court ; les frênes sur les pentes, 
Sous la broussaille horrible et les ronces grimpantes, 
Contractent lentement leurs pieds noueux et noirs. 
Les fleurs au cou de cygne ont les lacs pour miroirs ; 
Et sur vous qui passez et l'avez réveillée, 
Mainte chimère étrange à la gorge écaillée, 
D'un arbre entre ses doigts serrant les larges nœuds, 
Du fond d'un antre obscur fixe un œil lumineux. 
Ô végétation ! esprit ! matière ! force ! 
Couverte de peau rude ou de vivante écorce ! 
 
Aux bois, ainsi que toi, je n'i jamais erré, 
Maître, sans qu'en mon cœur l'horreur ait pénétré, 
Sans voir tressaillir l'herbe, et, par le vent bercées, 
Pendre à tous les rameaux de confuses pensées. 
Dieu seul, ce grand témoin des faits mystérieux, 
Dieu seul le sait, souvent, en de sauvages lieux, 
J'ai senti, moi qu'échauffe une secrète flamme, 
Comme moi palpiter et vivre avec une âme, 
Et rire, et se parler dans l'ombre à demi-voix, 
Les chênes monstrueux qui remplissent les bois 
 
20 avril 1837 

background image

 

V. Hugo 
Fonction du poète 
 
Peuples ! écoutez le poète ! 
Ecoutez le rêveur sacré ! 
Dans votre nuit, sans lui complète, 
Lui seul a le front éclairé. 
Des temps futurs perçant les ombres, 
Lui seul distingue en leurs flancs sombres 
Le germe qui n'est pas éclos. 
Homme, il est doux comme une femme. 
Dieu parle à voix basse à son âme 
Comme aux forêts et comme aux flots. 
 
C'est lui qui, malgré les épines, 
L'envie et la dérision, 
Marche, courbé dans vos ruines, 
Ramassant la tradition. 
De la tradition féconde 
Sort tout ce qui couvre le monde, 
Tout ce que le ciel peut bénir. 
Toute idée, humaine ou divine, 
Qui prend le passé pour racine 
A pour feuillage l'avenir. 
 
Il rayonne ! il jette sa flamme 
Sur l'éternelle vérité ! 
Il la fait resplendir pour l'âme 
D'une merveilleuse clarté. 
Il inonde de sa lumière 
Ville et désert, Louvre et chaumière, 
Et les plaines et les hauteurs ; 
À tous d'en haut il la dévoile ; 
Car la poésie est l'étoile 
Qui mène à Dieu rois et pasteurs ! 

background image

 

A. de Musset 
La nuit de mai 
 

LA MUSE 
 
Poète, prends ton luth et me donne un baiser; 
La fleur de l'églantier sent ses bourgeons éclore, 
Le printemps naît ce soir; les vents vont s'embraser; 
Et la bergeronnette, en attendant l'aurore, 
Aux premiers buissons verts commence à se poser. 
Poète, prends ton luth, et me donne un baiser. 
 
LE POÈTE 
 
Comme il fait noir dans la vallée! 
J'ai cru qu'une forme voilée 
Flottait là-bas sur la forêt 
Elle sortait de la prairie; 
Son pied rasait l'herbe fleurie; 
C'est une étrange rêverie; 
Elle s'efface et disparaît. 
 
LA MUSE 
 
Poète, prends ton luth; la nuit, sur la pelouse, 
Balance le zéphyr dans son voile odorant. 
La rose, vierge encor, se referme jalouse 
Sur le frelon nacré qu'elle enivre en mourant. 
Ecoute! tout se tait; songe à ta bien-aimée 
Ce soir, sous les tilleuls, à la sombre ramée 
Le rayon du couchant laisse un adieu plus doux. 
Ce soir, tout va fleurir: l'immortelle nature 
Se remplit de parfums, d'amour et de murmure, 
Comme le lit joyeux de deux jeunes époux. 
 
LE POETE 
 
Pourquoi mon coeur bat-il si vite ? 
Qu'ai-je donc en moi qui s'agite 
Dont je me sens épouvanté? 
Ne frappe-t-on pas à ma porte ? 
Pourquoi ma lampe à demi morte 
M'éblouit-elle de clarté? 
Dieu puissant! tout mon corps frissonne. 
Qui vient ? qui m'appelle ?-Personne. 
Je suis seul; c'est l'heure qui sonne; 
Ô solitude! Ô pauvreté! 
 
LA MUSE 
 
Poète, prends ton luth; le vin de la jeunesse 
Fermente cette nuit dans les veines de Dieu. 
Mon sein est inquiet; la volupté l'oppresse, 
Et les vents altérés m'ont mis la lèvre en feu. 
O paresseux enfant! regarde, je suis belle. 
Notre premier baiser, ne t'en souviens-tu pas, 
Quand je te vis si pâle au toucher de mon aile, 

Et que, les yeux en pleurs, tu tombas dans mes bras, 
Ah! je t'ai consolé d'une amère souffrance ! 
Hélas! bien jeune encor, tu te mourais d'amour . 
Console-moi ce soir, je me meurs d'espérance; 
J'ai besoin de prier pour vivre jusqu'au jour. 
 
LE POÈTE 
 
Est-ce toi dont la voix m'appelle, 
Ô ma pauvre Musel est-ce toi ? 
Ô ma fleur ! ô mon immortelle ! 
Seul être pudique et fidèle 
Où vive encor l'amour de moi! 
Oui, te voilà, c'est toi, ma blonde, 
C'est toi, ma maîtresse et ma sœur : 
Et je sens, dans la nuit profonde, 
De ta robe d'or qui m'inonde 
Les rayons glisser dans mon cœur. 
 
LA MUSE 
 
Poète, prends ton luth; c'est moi, ton immortelle, 
Qui t'ai vu cette nuit triste et silencieux, 
Et qui, comme un oiseau que sa couvée appelle, 
Pour pleurer avec toi descends du haut des cieux. 
Viens, tu souffres, ami. Quelque ennui solitaire 
Te ronge, quelque chose a gémi dans ton coeur; 
Quelque amour t'est venu, comme on en voit sur 
terre. 
Une ombre de plaisir, un semblant de bonheur. 
Viens, chantons devant Dieu; chantons dans tes 
pensées. 
Dans tes plaisirs perdus, dans tes peines passées; 
Partons, dans un baiser, pour un monde inconnu. 
Éveillons au hasard les échos de ta vie, 
Parlons-nous de bonheur, de gloire et de folie, 
Et que ce soit un rêve, et le premier venu. 
Inventons quelque part des lieux où l'on oublie; 
Partons nous sommes seuls, l'univers est à nous. 
Voici la verte Écosse et la brune Italie, 
Et la Gréce, ma mère, où le miel est si doux, 
Lagos, et Ptéléon, ville des hécatombes, 
Et Messa la divine, agréable aux colombes, 
Et le front chevelu du Pélion changeant; 
Et le bleu Titarèse, et le golfe d'argent 
Qui montre dans ses eaux, où le cygne se mire, 
La blanche Oloossone à la blanche Camyre . 
Dis-moi, quel songe d'or nos chants vont-ils bercer? 
D'où vont venir les pleurs que nous allons verser? 
Ce matin, quand le jour a frappé ta paupière, 
Quel séraphin pensif, courbé sur ton chevet, 
Secouait des lilas dans sa robe légère, 
Et te contait tout bas les amours qu'il rêvait ? 
Chanterons-nous l'espoir, la tristesse ou la joie ? 

background image

 

Tremperons-nous de sang les bataillons d'acier? 
Suspendrons-nous l'amant sur l'échelle de soie ? 
Jetterons-nous au vent l'écume du coursier? 
Dirons-nous quelle main, dans les lampes sans 
nombre 
De la maison céleste, allume nuit et jour 
L'huile sainte de vie et d'éternel amour? 
Crierons-nous à Tarquin: " Il est temps, voici 
l'ombre ! 
Descendrons-nous cueillir la perle au fond des 
mers? 
Mènerons-nous la chèvre aux ébéniers amers ? 
Montrerons-nous le ciel à la Mélancolie ? 
Suivrons-nous le chasseur sur les monts escarpés ? 
La biche le regarde; elle pleure et supplie; 
Sa bruyère l'attend; ses faons sont nouveau-nés; 
Il se baisse, il l'égorge, il jette à la curée 
Sur les chiens en sueur son coeur encor vivant. 
Peindrons-nous une vierge à la joue empourprée, 
S'en allant à la messe, un page la suivant, 
Et d'un regard distrait, à côté de sa mère, 
Sur sa lèvre entr'ouverte oubliant sa prière ? 
Elle écoute en tremblant, dans l'écho du pilier, 
Résonner l'éperon d'un hardi cavalier. 
Dirons-nous aux héros des vieux temps de la 
France 
De monter tout armés aux créneaux de leurs tours, 
Et de ressusciter la naïve romance 
Que leur gloire oublice apprit aux troubadours ? 
Vêtirons-nous de blanc une molle élégie? 
L'homme de Waterloo nous dira-t-il sa vie, 
Et ce qu'il a fauché du troupeau des humains 
Avant que l'envoyé de la nuit éternelle 
Vînt sur son tertre vert l'abattre d'un coup d'aile, 
Et sur son coeur de fer lui croiser les deux mains ? 
Clouerons-nous au poteau d'une satire altière 
Le nom sept fois vendu d'un pâle pamphlétaire, 
Qui, poussé par la faim, du fond de son oubli, 
S'en vient, tout grelottant d'envie et d'impuissance, 
Sur le front du génie insulter l'espérance, 
Et mordre le laurier que son souffle a sali ? 
Prends ton luth !prends ton luth ! je ne peux plus 
me taire; 
Mon aile me soulève au souffle du printemps. 
Le vent va m'emporter; je vais quitter la terre. 
Une larme de toi !Dieu m'écoute; il est temps. 
 
LE POÈTE 
 
S'il ne te faut, ma soeur chérie, 
Qu'un baiser d'une lèvre amie 
Et qu'une larme de mes yeux, 
Je te les donnerai sans peine; 
De nos amours qu'il te souvienne, 
Si tu remontes dans les cieux. 
Je ne chante ni l'espérance, 
Ni la gloire, ni le bonheur, 
Hélas !pas même la souffrance. 

La bouche garde le silence 
Pour écouter parler le coeur. 
 
LA MUSE 
 
Crois-tu donc que je sois comme le vent d'automne, 
Qui se nourrit de pleurs jusque sur un tombeau, 
Et pour qui la douleur n'est qu'une goutte d'eau ? 
Ô poète ! un baiser, c'est moi qui te le donne. 
L'herbe que je voulais arracher de ce lieu, 
C'est ton oisiveté; ta douleur est à Dieu. 
Quel que soit le souci que ta jeunesse endure, 
Laisse-la s'élargir, cette sainte blessure 
Que les noirs séraphins t'ont faite au fond du coeur: 
Rien ne nous rend si grands qu'une grande douleur. 
Mais, pour en être atteint, ne crois pas, 
Ô poète, Que ta voix ici-bas doive rester muette. 
Les plus désespérés sont les chants les plus beaux, 
Et j'en sais d'immortels qui sont de purs sanglots. 
Lorsque le pélican, lassé-d'un long voyage, 
Dans les brouillards du soir retourne à ses roseaux, 
Ses petits affamés courent sur le rivage 
En le voyant au loin s'abattre sur les eaux. 
Déjà, croyant saisir et partager leur proie, 
Ils courent à leur père avec des cris de joie 
En secouant leurs becs sur leurs goitres hideux. 
Lui, gagnant à pas lents une roche élevée, 
De son aile pendante abritant sa couvée, 
Pêcheur mélancolique, il regarde les cieux. 
Le sang coule à longs flots de sa poitrine ouverte; 
En vain il a des mers fouillé la profondeur; 
L'Océan était vide et la plage déserte; 
Pour toute nourriture il apporte son coeur. 
Sombre et silencieux, étendu sur la pierre 
Partageant à ses fils ses entrailles de père, 
Dans son amour sublime il berce sa douleur, 
Et, regardant couler sa sanglante mamelle, 
Sur son festin de mort il s'affaisse et chancelle, 
Ivre de volupté, de tendresse et d'horreur. 
Mais parfois, au milieu du divin sacrifice, 
Fatigué de mourir dans un trop long supplice, 
Il craint que ses enfants ne le laissent vivant, 
Alors il se soulève, ouvre son aile au vent, 
Et, se frappant le coeur avec un cri sauvage, 
Il pousse dans la nuit un si funèbre adieu, 
Que les oiseaux des mers désertent le rivage, 
Et que le voyageur attardé sur la plage, 
Sentant passer la mort, se recommande à Dieu. 
Poète, c'est ainsi que font les grands poètes. 
Ils laissent s'égayer ceux qui vivent un temps; 
Mais les festins humains qu'ils servent à leurs fêtes 
Ressemblent la plupart à ceux des pélicans. 
Quand ils parlent ainsi d'espérances trompées, 
De tristesse et d'oubli, d'amour et de malheur, 
Ce n'est pas un concert à dilater le coeur. 
Leurs déclamations sont comme des épées: 
Elles tracent dans l'air un cercle éblouissant, 
Mais il y pend toujours quelque goutte de sang . 

background image

 

 
LE POETE 
 
Ô Muse ! spectre insatiable, 
Ne m'en demande pas si long. 
L'homme n'écrit rien sur le sable 
A l'heure où passe l'aquilon. 
J'ai vu le temps où ma jeunesse 

Sur mes lèvres était sans cesse 
Prête à chanter comme un oiseau; 
Mais j'ai souffert un dur martyre, 
Et le moins aux que j'en pourrais dire 
Si je l'essayai sur ma lyre, 
La briserait comme un roseau. 
 
Mai 1835 

background image

 

A. de Musset 
Ballade à la lune 
 
C'était, dans la nuit brune, 
Sur le clocher jauni, 
La lune 
Comme un point sur un i. 
 
Lune, quel esprit sombre 
Promène au bout d'un fil, 
Dans l'ombre, 
Ta face et ton profil ? 
 
Es-tu l'oeil du ciel borgne ? 
Quel chérubin cafard 
Nous lorgne 
Sous ton masque blafard ? 
 
N'es-tu rien qu'une boule, 
Qu'un grand faucheux bien gras 
Qui roule 
Sans pattes et sans bras ? 
 
Es-tu, je t'en soupçonne, 
Le vieux cadran de fer 
Qui sonne 
L'heure aux damnés d'enfer ? 
 
Sur ton front qui voyage. 
Ce soir ont-ils compté 
Quel âge 
A leur éternité ? 
 
Est-ce un ver qui te ronge 
Quand ton disque noirci 
S'allonge 
En croissant rétréci ? 
 
Qui t'avait éborgnée, 
L'autre nuit ? T'étais-tu 
Cognée 
A quelque arbre pointu ? 
 
Car tu vins, pâle et morne 
Coller sur mes carreaux 
Ta corne 
À travers les barreaux. 
 
Va, lune moribonde, 
Le beau corps de Phébé 
La blonde 
Dans la mer est tombé. 
 
Tu n'en es que la face 
Et déjà, tout ridé, 
S'efface 
Ton front dépossédé. 

 
Rends-nous la chasseresse, 
Blanche, au sein virginal, 
Qui presse 
Quelque cerf matinal ! 
 
Oh ! sous le vert platane 
Sous les frais coudriers, 
Diane, 
Et ses grands lévriers ! 
 
Le chevreau noir qui doute, 
Pendu sur un rocher, 
L'écoute, 
L'écoute s'approcher. 
 
Et, suivant leurs curées, 
Par les vaux, par les blés, 
Les prées, 
Ses chiens s'en sont allés. 
 
Oh ! le soir, dans la brise, 
Phoebé, soeur d'Apollo, 
Surprise 
A l'ombre, un pied dans l'eau ! 
 
Phoebé qui, la nuit close, 
Aux lèvres d'un berger 
Se pose, 
Comme un oiseau léger. 
 
Lune, en notre mémoire, 
De tes belles amours 
L'histoire 
T'embellira toujours. 
 
Et toujours rajeunie, 
Tu seras du passant 
Bénie, 
Pleine lune ou croissant. 
 
T'aimera le vieux pâtre, 
Seul, tandis qu'à ton front 
D'albâtre 
Ses dogues aboieront. 
 
T'aimera le pilote 
Dans son grand bâtiment, 
Qui flotte, 
Sous le clair firmament ! 
 
Et la fillette preste 
Qui passe le buisson, 
Pied leste, 

background image

 

En chantant sa chanson. 
 
Comme un ours à la chaîne, 
Toujours sous tes yeux bleus 
Se traîne 
L'océan montueux. 
 
Et qu'il vente ou qu'il neige 
Moi-même, chaque soir, 
Que fais-je, 
Venant ici m'asseoir ? 
 
Je viens voir à la brune, 
Sur le clocher jauni, 
La lune 
Comme un point sur un i. 
 
Peut-être quand déchante 
Quelque pauvre mari, 
Méchante, 
De loin tu lui souris. 
 
Dans sa douleur amère, 
Quand au gendre béni 
La mère 
Livre la clef du nid, 
 
Le pied dans sa pantoufle, 
Voilà l'époux tout prêt 
Qui souffle 
Le bougeoir indiscret. 

 
Au pudique hyménée 
La vierge qui se croit 
Menée, 
Grelotte en son lit froid, 
 
Mais monsieur tout en flamme 
Commence à rudoyer 
Madame, 
Qui commence à crier. 
 
" Ouf ! dit-il, je travaille, 
Ma bonne, et ne fais rien 
Qui vaille; 
Tu ne te tiens pas bien. " 
 
Et vite il se dépêche. 
Mais quel démon caché 
L'empêche 
De commettre un péché ? 
 
" Ah ! dit-il, prenons garde. 
Quel témoin curieux 
Regarde 
Avec ces deux grands yeux ? " 
 
Et c'est, dans la nuit brune, 
Sur son clocher jauni, 
La lune 
Comme un point sur un i. 

background image

 

10 

Th. Gautier 
L’art 
 
Oui, l’œuvre sort plus belle 
D’une forme au travail 
            Rebelle, 
Vers, marbre, onyx, émail. 
  
Point de contraintes fausses ! 
Mais que pour marcher droit 
            Tu chausses, 
Muse, un cothurne étroit. 
  
Fi du rythme commode, 
Comme un soulier trop grand, 
            Du mode 
Que tout pied quitte et prend ! 
  
Statuaire, repousse 
L’argile que pétrit 
            Le pouce, 
Quand flotte ailleurs l’esprit ; 
  
Lutte avec le carrare, 
Avec le paros dur 
            Et rare, 
Gardiens du contour pur ; 
  
Emprunte à Syracuse 
Son bronze où fermement 
            S’accuse 
Le trait fier et charmant ; 
  
D’une main délicate 
Poursuis dans un filon 
            D’agate 
Le profil d’Apollon. 
  

Peintre, fuis l’aquarelle, 
Et fixe la couleur 
            Trop frêle 
Au four de l’émailleur. 
  
Fais les sirènes bleues, 
Tordant de cent façons 
            Leurs queues, 
Les monstres des blasons ; 
  
Dans son nimbe trilobe 
La Vierge et son Jésus, 
            Le globe 
Avec la croix dessus. 
  
Tout passe. — L’art robuste 
Seul a l’éternité. 
            Le buste 
Survit à la cité. 
  
Et la médaille austère 
Que trouve un laboureur 
            Sous terre 
Révèle un empereur. 
  
Les dieux eux-mêmes meurent 
Mais les vers souverains 
            Demeurent 
Plus forts que les airains. 
  
Sculpte, lime, cisèle ; 
Que ton rêve flottant 
            Se scelle 
Dans le bloc résistant ! 

background image

 

11 

Ch. Baudelaire 
Correspondances 
 
La nature est un temple où de vivants piliers 
Laissent parfois sortir de confuses paroles 
L'homme y passe à travers des forêts de symboles 
Qui l'observent avec des regards familiers. 
 
Comme de longs échos qui de loin se confondent 
Dans une ténébreuse et profonde unité, 
Vaste comme une nuit et comme la clarté, 
Les parfums, les couleurs et les sons se répondent. 
 
Il est des parfums frais comme de chairs d'enfants, 
Doux comme les hautbois, verts comme les prairies, 
—Et d'autres, corrompus, riches et triomphants, 
 
Ayant l'expansion des choses infinies, 
Comme l'ambre, le musc, le benjoin et l'encens, 
Qui chantent les transports de l'esprit et des sens. 

background image

 

12 

Ch. Baudelaire 
Les Phares 
 
Rubens, fleuve d'oubli, jardin de la paresse, 
Oreiller de chair fraîche où l'on ne peut aimer, 
Mais où la vie afflue et s'agite sans cesse, 
Comme l'air dans le ciel et la mer dans la mer; 
 
Léonard de Vinci, miroir profond et sombre, 
Où des anges charmants, avec un doux souris 
Tout chargé de mystère, apparaissent à l'ombre 
Des glaciers et des pins qui ferment leur pays; 
 
Rembrandt, triste hôpital tout rempli de murmures, 
Et d'un grand crucifix décoré seulement, 
Où la prière en pleurs s'exhale des ordures, 
Et d'un rayon d'hiver traversé brusquement; 
 
Michel-Ange, lieu vague où l'on voit des Hercules 
Se mêler à des Christs, et se lever tout droits 
Des fantômes puissants qui dans les crépuscules 
Déchirent leur suaire en étirant leurs doigts; 
 
Colères de boxeur, impudences de faune, 
Toi qui sus ramasser la beauté des goujats, 
Grand coeur gonflé d'orgueil, homme débile et jaune, 
Puget, mélancolique empereur des forçats; 
 
Watteau, ce carnaval où bien des coeurs illustres, 
Comme des papillons, errent en flamboyant, 
Décors frais et légers éclairés par des lustres 
Qui versent la folie à ce bal tournoyant; 
 
Goya, cauchemar plein de choses inconnues, 
De foetus qu'on fait cuire au milieu des sabbats, 
De vieilles au miroir et d'enfants toutes nues, 
Pour tenter les démons ajustant bien leurs bas; 
 
Delacroix, lac de sang hanté des mauvais anges, 
Ombragé par un bois de sapins toujours vert, 
Où, sous un ciel chagrin, des fanfares étranges 
Passent, comme un soupir étouffé de Weber; 
 
Ces malédictions, ces blasphèmes, ces plaintes, 
Ces extases, ces cris, ces pleurs, ces Te Deum, 
Sont un écho redit par mille labyrinthes; 
C'est pour les coeurs mortels un divin opium! 
 
C'est un cri répété par mille sentinelles, 
Un ordre renvoyé par mille porte-voix; 
C'est un phare allumé sur mille citadelles, 
Un appel de chasseurs perdus dans les grands bois! 
 
Car c'est vraiment, Seigneur, le meilleur témoignage 
Que nous puissions donner de notre dignité 
Que cet ardent sanglot qui roule d'âge en âge 
Et vient mourir au bord de votre éternité! 

background image

 

13 

Ch. Baudelaire 
Quand le ciel bas et lourd… 
 
Quand le ciel bas et lourd pèse comme un couvercle 
Sur l'esprit gémissant en proie aux longs ennuis, 
Et que de l'horizon embrassant tout le cercle 
II nous verse un jour noir plus triste que les nuits; 
 
Quand la terre est changée en un cachot humide, 
Où l'Espérance, comme une chauve-souris, 
S'en va battant les murs de son aile timide 
Et se cognant la tête à des plafonds pourris; 
 
Quand la pluie étalant ses immenses traînées 
D'une vaste prison imite les barreaux, 
Et qu'un peuple muet d'infâmes araignées 
Vient tendre ses filets au fond de nos cerveaux, 
 
Des cloches tout à coup sautent avec furie 
Et lancent vers le ciel un affreux hurlement, 
Ainsi que des esprits errants et sans patrie 
Qui se mettent à geindre opiniâtrement. 
 
— Et de longs corbillards, sans tambours ni musique, 
Défilent lentement dans mon âme; l'Espoir, 
Vaincu, pleure, et l'Angoisse atroce, despotique, 
Sur mon crâne incliné plante son drapeau noir. 

background image

 

14 

P. Verlaine 
L’art poétique 
 
De la musique avant toute chose, 
Et pour cela préfère l'Impair, 
Plus vague et plus soluble dans l'air, 
Sans rien en lui qui pèse ou qui pose. 
 
Il faut aussi que tu n'ailles point 
Choisir tes mots sans quelque méprise ; 
Rien de plus cher que la chanson grise 
Où l'Indécis au Précis se joint. 
 
C'est des beaux yeux derrière des voiles, 
C'est le grand jour tremblant de midi, 
C'est par un ciel d'automne attiédi, 
Le bleu fouillis des claires étoiles ! 
 
Car nous voulons la Nuance encor, 
Pas la Couleur, rien que la nuance ! 
Oh ! la nuance seule fiance 
Le rêve au rêve et la flûte au cor ! 

background image

 

15 

A. Rimbaud 
Le bateau ivre 
 

Comme je descendais des Fleuves impassibles, 
Je ne me sentis plus guidé par les haleurs : 
Des Peaux-Rouges criards les avaient pris pour 
cibles, 
Les ayant cloués nus aux poteaux de couleurs. 
 
J'étais insoucieux de tous les équipages, 
Porteur de blés flamands ou de cotons anglais. 
Quand avec mes haleurs ont fini ces tapages, 
Les Fleuves m'ont laissé descendre où je voulais. 
 
Dans les clapotements furieux des marées, 
Moi, l'autre hiver, plus sourd que les cerveaux 
d'enfants, 
Je courus ! Et les Péninsules démarrées 
N'ont pas subi tohu-bohus plus triomphants. 
 
La tempête a béni mes éveils maritimes. 
Plus léger qu'un bouchon j'ai dansé sur les flots 
Qu'on appelle rouleurs éternels de victimes, 
Dix nuits, sans regretter l'oeil niais des falots ! 
 
Plus douce qu'aux enfants la chair des pommes 
sures, 
L'eau verte pénétra ma coque de sapin 
Et des taches de vins bleus et des vomissures 
Me lava, dispersant gouvernail et grappin. 
 
Et dès lors, je me suis baigné dans le Poème 
De la Mer, infusé d'astres, et lactescent, 
Dévorant les azurs verts ; où, flottaison blême 
Et ravie, un noyé pensif parfois descend ; 
 
Où, teignant tout à coup les bleuités, délires 
Et rhythmes lents sous les rutilements du jour, 
Plus fortes que l'alcool, plus vastes que nos lyres, 
Fermentent les rousseurs amères de l'amour ! 
 
Je sais les cieux crevant en éclairs, et les trombes 
Et les ressacs et les courants : je sais le soir, 
L'Aube exaltée ainsi qu'un peuple de colombes, 
Et j'ai vu quelquefois ce que l'homme a cru voir ! 
 
J'ai vu le soleil bas, taché d'horreurs mystiques, 
Illuminant de longs figements violets, 
Pareils à des acteurs de drames très antiques 
Les flots roulant au loin leurs frissons de volets ! 
 
J'ai rêvé la nuit verte aux neiges éblouies, 
Baiser montant aux yeux des mers avec lenteurs, 
La circulation des sèves inouïes, 
Et l'éveil jaune et bleu des phosphores chanteurs! 
 
J'ai suivi, des mois pleins, pareille aux vacheries 

Hystériques, la houle à l'assaut des récifs, 
Sans songer que les pieds lumineux des Maries 
Pussent forcer le mufle aux Océans poussifs ! 
 
J'ai heurté, savez-vous, d'incroyables Florides 
Mêlant aux fleurs des yeux de panthères à peaux 
D'hommes ! Des arcs-en-ciel tendus comme des 
brides 
Sous l'horizon des mers, à de glauques troupeaux! 
 
J'ai vu fermenter les marais énormes, nasses 
Où pourrit dans les joncs tout un Léviathan ! 
Des écroulements d'eaux au milieu des bonaces, 
Et les lointains vers les gouffres cataractant ! 
 
Glaciers, soleils d'argent, flots nacreux, cieux de 
braises ! 
Échouages hideux au fond des golfes bruns 
Où les serpents géants dévorés des punaises 
Choient, des arbres tordus, avec de noirs parfums ! 
 
J'aurais voulu montrer aux enfants ces dorades 
Du flot bleu, ces poissons d'or, ces poissons 
chantants. 
- Des écumes de fleurs ont bercé mes dérades 
Et d'ineffables vents m'ont ailé par instants. 
 
Parfois, martyr lassé des pôles et des zones, 
La mer dont le sanglot faisait mon roulis doux 
Montait vers moi ses fleurs d'ombre aux ventouses 
jaunes 
Et je restais, ainsi qu'une femme à genoux... 
 
Presque île, ballottant sur mes bords les querelles 
Et les fientes d'oiseaux clabaudeurs aux yeux 
blonds. 
Et je voguais, lorsqu'à travers mes liens frêles 
Des noyés descendaient dormir, à reculons ! 
 
Or moi, bateau perdu sous les cheveux des anses, 
Jeté par l'ouragan dans l'éther sans oiseau, 
Moi dont les Monitors et les voiliers des Hanses 
N'auraient pas repêché la carcasse ivre d'eau ; 
 
Libre, fumant, monté de brumes violettes, 
Moi qui trouais le ciel rougeoyant comme un mur 
Qui porte, confiture exquise aux bons poètes, 
Des lichens de soleil et des morves d'azur ; 
 
Qui courais, taché de lunules électriques, 
Planche folle, escorté des hippocampes noirs, 
Quand les juillets faisaient crouler à coups de 
triques 
Les cieux ultramarins aux ardents entonnoirs ; 

background image

 

16 

 
Moi qui tremblais, sentant geindre à cinquante lieues 
Le rut des Béhémots et les Maelstroms épais, 
Fileur éternel des immobilités bleues, 
Je regrette l'Europe aux anciens parapets ! 
 
J'ai vu des archipels sidéraux ! et des îles 
Dont les cieux délirants sont ouverts au vogueur: 
- Est-ce en ces nuits sans fonds que tu dors et 
t'exiles, 
Million d'oiseaux d'or, ô future Vigueur ? 
 
Mais, vrai, j'ai trop pleuré ! Les Aubes sont 
navrantes. 

Toute lune est atroce et tout soleil amer : 
L'âcre amour m'a gonflé de torpeurs enivrantes. 
Ô que ma quille éclate ! Ô que j'aille à la mer ! 
 
Si je désire une eau d'Europe, c'est la flache 
Noire et froide où vers le crépuscule embaumé 
Un enfant accroupi plein de tristesse, lâche 
Un bateau frêle comme un papillon de mai. 
 
Je ne puis plus, baigné de vos langueurs, ô lames, 
Enlever leur sillage aux porteurs de cotons, 
Ni traverser l'orgueil des drapeaux et des flammes, 
Ni nager sous les yeux horribles des pontons. 

background image

 

17 

A. Rimbaud 
Aube 
 
J'ai embrassé l'aube d'été. 
 
Rien ne bougeait encore au front des palais. L'eau était morte. Les camps d'ombre ne quittaient pas la route du 
bois. J'ai marché, réveillant les haleines vives et tièdes, et les pierreries regardèrent, et les ailes se levèrent sans 
bruit. 
 
La première entreprise fut, dans le sentier déjà empli de frais et blêmes éclats, une fleur qui me dit son nom. 
 
Je ris au wasserfall blond qui s'échevela à travers les sapins : à la cime argentée je reconnus la déesse. 
 
Alors je levai un à un les voiles. Dans l'allée, en agitant les bras. Par la plaine, où je l'ai dénoncée au coq. A la 
grand'ville elle fuyait parmi les clochers et les dômes, et courant comme un mendiant sur les quais de marbre, je 
la chassais. 
 
En haut de la route, près d'un bois de lauriers, je l'ai entourée avec ses voiles amassés, et j'ai senti un peu son 
immense corps. L'aube et l'enfant tombèrent au bas du bois. 
 
Au réveil il était midi.